Il ouvre la voie à un détricotage de la loi chargée d’assurer la stabilité du secteur financier, adoptée après la crise de 2008. Encore une mesure phare d’Obama que le nouveau Président américain veut envoyer valdinguer.

Qu’a fait Donald Trump ?

Il vient de signer un décret ordonnant une révision de la loi Dodd-Frank, qui régule le secteur financier aux États-Unis.

Son objectif : donner davantage aux banques le droit de faire ce qu’elles veulent. Pour le moment, ce geste est surtout symbolique puisqu’il consiste à demander au secrétaire au Trésor de faire des recommandations dans les 120 jours en vue de modifier cette loi. Et, au final, c’est le Congrès qui doit donner son feu vert. Ce n’est donc pas fait.

Mais, en attendant, Wall Street apprécie : les valeurs bancaires sont reparties à la hausse vendredi. « C’est du tout bon pour le marché financier parce que cette réglementation a provoqué une forte hausse des charges des grandes banques et sociétés de courtage », indique Robert Pavlik, de la firme Boston Private Wealth.

Que dit la loi actuelle ?

Adoptée dans la foulée de la crise de 2008, la loi Dodd-Frank impose notamment aux banques de disposer davantage de fonds propres. L’objectif est d’éviter à l’État fédéral d’avoir à renflouer les établissements en difficultés. Elle a également mis en place des tests de « résistance » annuels. D’une manière générale, elle veille à ce que le système financier ne fasse pas n’importe quoi.

Des personnalités comme Charles Evans, président de la Réserve fédérale de Chicago, estiment d’ailleurs que cette loi a « largement contribué » à la stabilisation du secteur financier.

Mais, pour Donald Trump, ce texte est un « désastre » qui restreint la capacité de faire crédit et ralentit la croissance. « Nous allons abroger une grande partie de Dodd Frank, parce qu’il y a tellement de gens, des amis à moi, qui ont des entreprises et qui ne peuvent pas emprunter », assure le Président.

Qu’en pensent les démocrates ?

Dans le camp d’en face, l’ancien élu démocrate Barney Frank, coauteur de la loi de 2010, rappelle que Trump « ne peut pas apporter de changement de fond à la loi de réforme financière sans le Congrès » : « La formulation de ce décret n’y fait rien. Il demande seulement au secrétaire au Trésor de leur donner quelque chose à lire. Mais le ton vise à affaiblir cette loi », observe-t-il.

La sénatrice Elizabeth Warren, figure de l’aile gauche du Parti démocrate, « les banquiers et les lobbyistes de Wall Street dont la cupidité et l’inconscience ont failli détruire notre pays doivent trinquer au champagne, mais le peuple américain n’a pas oublié la crise financière de 2008 et il n’oubliera pas ce qui s’est produit aujourd’hui. »

Pourquoi avoir régulé ?

La crise de 2008 a débuté avec des ménages américains modestes qui n’arrivaient plus à rembourser le crédit de leur maison.Ces prêts étaient accordés à des personnes qui ne présentaient pas les garanties suffisantes pour bénéficier des taux d’intérêt « préférentiels » (« prime rate », en anglais). Ils avaient donc droit à des taux « moins préférentiels » (« subprime »).

Et comme ces crédits étaient le plus souvent accordés avec des taux variables, les ménages se sont retrouvés pris à gorge lorsque les taux se sont envolés.

Les banques, qui avaient accordé des prêts de plus en plus risqués, ne se souciaient pas des conséquences. Parce qu’avec la dérégulation financière lancée dans les années 80, les banques se sont mises à faire plus ou moins ce qu’elles veulent. Elles ont développé des produits financiers complexes, parfois revendus à des investisseurs… Seul objectif : que ça rapporte.

Les prêteurs ont fini par ne plus assumer les risques de non-remboursement de leurs emprunteurs. Les crédits étaient cédés à des banques d’affaires. En quelques années les prêts « subprimes » sont passés de 30 milliards par an, à plus de 600 milliards par an.

C’est ainsi que s’est formée la plus grosse bulle financière de l’histoire.

Mais la bombe a retardement a fini par éclater : on a alors parlé de la crise « des subprimes ».

En septembre 2008, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers et l’effondrement du plus grand assureur au monde, AIG, déclenchent une crise mondiale.

Deux ans plus tard, les États-Unis adoptaient leur loi pour réguler le secteur financier.

Alors, à quoi faut-il s’attendre ?

À pas grand-chose dans l’immédiat, compte tenu de la procédure qui s’impose à Trump. Et parce qu’il n’est pas du tout sûr que le Congrès le suive.

Mais une mesure phare de la loi Dodd-Frank pourrait tout de même être remise en question : la création du bureau de protection des consommateurs, chargé de défendre les emprunteurs. « La mission de ce bureau, dont les effectifs sont jugés trop élevés, devrait être réorientée », notent Les Échos.

Pas sûr que cela soit du goût des petits emprunteurs ruinés par la crise des subprimes. Ceux-là même à qui le candidat Donald Trump avait assuré être un ennemi de Wall Street.

Source : http://www.ouest-france.fr/